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Juste pour rafraîchir les pointes

Depuis quelques jours vous vous énervez chaque matin devant le miroir. Vos cheveux ne ressemblent à rien. Comme indiqué sur votre bouteille de shampoing, ils sont fins, plats et à tendance grasse. C'est çà, l'effet pygmalion. Vous les lavez tous les jours, espérant que par miracle votre ange gardien vous enverra une chevelure de rêve, souple, brillante, objet de tous les fantasmes masculins (vous aussi, vous le valez bien, mais la vie est injuste). Puis vous les séchez la tête à l'envers, il paraît que ça donne du volume. Chez vous, le volume ne dure que quelques secondes, le temps que le sang redescende de votre tête et que l'étourdissement passager disparaisse.
Plus rien n'y fait, vous vous trouvez moche même de dos. La déprime vous guette : il est temps de prendre votre courage à deux mains et un rendez-vous chez le coiffeur.

Vous entrez donc dans un salon branché, déco carrément fun et musique lounge. Une fille d'une vingtaine d'année, rousse avec une mèche rose, coiffure courte et ébouriffée à l'avant, longue queue de rat derrière, vous prend votre manteau en faisant claquer une bulle de chewing-gum.
« Alors qu'est-ce qu'on fait ? »
Les coiffeurs vous parlent toujours à la troisième personne, cette coutume reste un mystère.
Vous vous lancez donc dans une explication tout à fait claire, lui montrant la tête d'un mannequin découpée dans un magazine. Sur cette photo c'est LA coiffure qu'il vous faut. Dans le miroir au-dessus de votre tête, vous observez la coiffeuse qui, soulevant la racine de vos cheveux et tirant sur les pointes, se met à grimacer d'un air gêné.
« Mmm... vous n'avez pas un cheveu facile.... Vous les lavez tous les combien ?»
D'abord, vous en avez plusieurs, des cheveux. Et puis vous lui demandez si elle se brosse les dents, elle ?
Elle continue à agiter votre cuir chevelu en vous expliquant, à renfort de grands gestes, que cette coupe ne conviendra à votre cheveu. Trop fin, il faut raccourcir un peu le dessus pour donner du volume. Trop plat, il faut effiler les pointes pour donner du mouvement. Votre visage est carré, il ne faut pas trop l'encadrer. Lassée, vous finissez par lui demander de juste rafraîchir un peu les pointes. Vous resterez à jamais avec votre tête banale, votre style banal, et vos cheveux plats, fins et à tendance grasse.

Au rythme de la musique, maintenant techno-house, la coiffeuse se déplace autour de vous, traînant péniblement son tabouret roulant à grands coups de reins. Et oui, les coiffeurs souples qui gesticulent en vous admirant, ça n'existe que dans les pubs Jean-Louis David.
Vous aviez demandé, comme à chaque fois, pas trop court. Pourtant il ne vous reste plus que dix centimètres de poils sur le ciboulot. Elle n'a pas lésiné sur le dégradé ni sur l'effilage, vous en aurez pour votre argent. Vous êtes paniquée, mais attendez de voir le résultat sur cheveux secs, ce sera sûrement mieux.
Vous êtes perdue au centre d'une chaise dix fois trop large, une horrible blouse sur le dos, un pince maintenant vos cheveux sur le côté gauche, un Closer dans les mains. Et c'est à cet instant précis que votre regard croise celui d'un passant dont vous auriez bien fait votre 4 heures. Enfin votre regard croise le sien, mais lui ne s'attarde pas trop, comme s'il avait aperçu un caniche, ou un panneau de signalisation.

Une vive brûlure vous entame soudain le crâne du côté droit. Vos pensées pour le beau gosse s'évaporent aussi vite qu'elles étaient apparues. La coiffeuse commence le brushing. Votre tête se penche à quarante-cinq degrés à chaque coup de brosse. Vos cheveux, comme par enchantement, prennent la forme exacte que la coiffeuse veut leur donner (et non pas que VOUS aimeriez leur donner, le brushing-bouclettes-vers-l'extérieur, style Sheila à ses débuts, ne vous va pas trop).

La coiffeuse, soudainement disparue, revient avec un miroir qu'elle plante derrière votre nuque.
« Alors ça vous plaaaaaaît ?? », vous demande-t-elle, excitée comme une puce à l'idée de vous dévoiler son ½uvre.
Vous êtes effondrée. Surmontant votre envie de pleurer, vous répondez, le sourire crispé, que c'est très bien et que ça change... Tu parles d'un changement ! Heureusement que vous aviez demandé de rafraîchir les pointes ! Votre voisine de droite, un sapin de Noël orné de papier d'aluminium, vous dévisage avec stupeur, se demandant si elle aussi, elle ressortira avec cette tête.

Après avoir déboursé une somme faramineuse, vous vous précipitez chez vous en jetant un coup d'½il dans chaque vitrine. Votre coiffure est vraiment horrible. Vous vous jetez donc sous la douche dès votre retour pour rattraper le coup, et refaites un brushing, que vous ratez. Mais, comme il vous dit le soir même, c'est pas grave, ça repousse. Lentement.

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# Posté le vendredi 13 février 2009 13:05

Modifié le dimanche 22 mars 2009 09:59

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