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Et vous, le mariage, c'est pour quand ?

Et vous, le mariage, c’est pour quand ?
Comme toutes les petites filles, vous avez gobé sans sourciller les histoires de prince charmant, jeune, beau, courageux et attentionné, qui débarque avec son cheval blanc pour délivrer la pauvre princesse prisonnière de sa belle-mère. Plus tard vous avez constaté que la réalité est exactement l'inverse : la princesse se débrouille très bien, jusqu'au jour où elle tombe sur un prince pas forcément charmant, et devient alors prisonnière de sa belle-mère.

Comme toutes les petites filles, vous avez versé des larmes de bonheur en lisant la fin de Cendrillon : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Oui, c'était cela votre vision du bonheur, votre désir le plus cher : vous retrouver un jour devant l'autel en robe blanche, puis dans une clinique pour accoucher. Les années passant votre point de vue a légèrement changé. Le mariage, oui, mais pour les autres.


Il faut dire que les cérémonies auxquelles vous avez assisté ont broyé les dernières miettes qu'il restait de vos rêves d'enfant. Dans votre entourage on s'est marié pour différentes raisons. Pour les impôts : si on se marie avant le mois de mai ça coûte moins cher. Pour les parents : nous ça ne changera rien mais eux ça leur fait plaisir. Pour la robe : j'ai toujours rêvé de porter une robe blanche à trois milles euros que je ne mettrai qu'une fois. Pour la promesse de fidélité : comme ça il ne me trompera plus. Pour la grand-mère : je voulais qu'elle assiste à mon mariage de son vivant. Pour le voyage de noces : trois semaines à Tahiti payées par les invités, ça ne se refuse pas.

La dernière messe de mariage à laquelle vous avez assisté était aussi animée qu'un sinistre enterrement. Vous vous êtes levée, assise, relevée, rassise, deux heures durant, les pieds congelés par la température ambiante de l'église, écoutant la chorale du village piailler des chants que personne ne connaît. Puis vous avez entendu un curé délivrer des commandements de bonne conduite à un couple qui, bientôt, allait vivre selon la loi de l'Eglise et engendrer de nombreux enfants qui iront au catéchisme. Si le curé les avait connu un minimum, il aurait su que leur niveau de piété arrive à peine à la cuisse de Clara Morgane.

Le vin d'honneur et la soirée ont été, fort heureusement, un peu plus ludiques. Après avoir descendu quatre ou cinq coupes de champagne (et quelques kilos de petits fours), vous avez décidé de partir en expédition pour découvrir à quelle table vous étiez placée. A une table de belles-mères et grand-tantes, noyée sous l'ombre de leurs chapeaux à plumes (et perles, tulle, fleurs, paillettes, rubans et autres accessoires) ? A la table du cousin que le marié déteste, et qui plombe toutes les soirées en décrivant les joies de son boulot de croque-mort ? A la table de la nièce aux gros nibards, à côté de qui Monica Bellucci paraîtrait androgyne ? Non, vous étiez placée à une table de « encore jeunes ». Cinq couples et, au bout, une assiette pour un invité célibataire qui espérait trouver son âme s½ur, à un autre bout de table, en ce jour de célébration de l'amour.

Lors du repas vous avez donc bu, pour oublier la conversation assommante de votre table, pour oublier la tentative de valse des mariés qui jouaient à se faire des croche-pieds, pour oublier la pièce montée ornée de petits mariés inexpressifs en plastique, pour oublier la grand-mère qui se déhanchait sur « la chenille qui redémarre ». Au-delà d'un certain taux d'alcoolémie, vous avez, vous aussi, commencé à remuer les fesses sur la chenille. Jusque six heures du matin.


Malheureusement vous commencez à avoir l'âge. Et en tant qu'aînée de la famille, vous avez le devoir de vous marier en premier. Si vous échouez à cette tâche, on vous prendra pour une rebelle anarchiste, une fille qui ne sait pas s'engager, ou encore mieux, une lesbienne refoulée. A chaque réunion de famille vous avez droit à la question « Et vous c'est pour quand ? ». Une réponse des plus banales, vagues et inexpressives, comme par exemple « Pour l'instant on n'y pense pas trop », ou encore « On verra dans quelques années », satisfait la curiosité de tous. Les fanatiques du mariage peuvent vous imaginer la bague au doigt dans une année maximum, les fervents opposants peuvent en déduire que vous repousserez éternellement l'échéance.

Effectivement, vous pensez plutôt repousser éternellement l'échéance. Aussi lorsque vous passez devant une vitrine de robes de mariées, vous ne tournez pas la tête (juste les yeux, discrètement). Lorsque vous regarder une mariée s'avancer laborieusement vers l'autel, agrippée au bras de son père, vous ne pleurez pas. Ou peut-être reniflez-vous, discrètement.
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# Posté le mardi 16 juin 2009 12:26

Modifié le dimanche 02 août 2009 04:56

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