Il est où le petit nénez??

Etant donné que, mine de rien, vous commencez à prendre de l'âge, il vous arrive de plus en plus fréquemment de côtoyer de jeunes mamans. Plus question de parler trop fort, le bébé dort dans la chambre du premier. Plus question de fumer, on n'intoxique pas les enfants. Plus question de sortir trop de bouteilles d'alcool, ça passe dans le lait, et changer une couche en étant éméchée relève de l'exploit.
En fait il n'est même plus question de parler d'autre chose que de couches, de lait, de biberons, et de petits pyjamas. Les jeunes mamans ajoutent l'adjectif petit devant chaque mot. Un petit pyjama, une petite turbulette (pour les petits bébés turbulents), un petit dodo, un petit doudou, une petite tututte, et plein d'autres petites choses aux syllabes doublées.

Vous vous retrouvez assise à côté de la jeune maman, une bière (dont vous avez presque honte) dans une main, et rien dans l'autre. Pour une fois vous serez réellement à trois ou quatre cigarettes par jour. Etant donné que vous ne trouvez pas d'autre sujet de conversation, vous la lancez sur le thème bébé. Erreur fatale ! Elle se met à déblatérer pendant deux bonnes heures sur son accouchement qui s'est très mal passé, césarienne en catastrophe, son mari tombé en syncope, la douleur insoutenable qu'elle a ressenti pendant environ dix heures, puis le baby-blues, trois mois entiers durant lesquels elle n'a fait que pleurer, sa galère quotidienne entre les quarante heures hebdomadaires de boulot, la crèche bondée, la culpabilité de laisser la chair de sa chair chez une nourrice, les week-end surchargés d'activités pour rattraper le temps perdu, la vie sexuelle de son couple qui en devient inexistante, et elle termine par l'annonce de sa dépression imminente. Mais à part ça c'est vraiment le bonheur total !
« Et toi, tu en veux combien ? ». Après cette discussion, ou plutôt ce monologue, zéro. Ou alors un en plastique.

Soudain le bébé se met à pleurer ; vous n'avez rien entendu mais la jeune maman bondit du canapé en hurlant à son mari, qui n'avait rien entendu non plus, « J'y vais !! ». Elle redescend, heureuse d'exposer le fruit de ses entrailles. Commence alors un drôle de rituel. Chaque invité vient observer le bébé en lui parlant d'une voix fluette, ce qui donne à peu près « Et il est où le petit nénez ? Et il est où le petit venventre ? Et elle est où la petite boudinette ? Oh il veut sa tututte le petit Paupaul ! ». Dans quelques années on s'étonnera qu'il ne parle pas très bien français, et il faudra payer un prof particulier pour être sûr qu'il passe en CE1.
Les compliments fusent. Il a l'air en bonne santé, il tient assis c'est formidable, il est mignon, il a le nez de son père, les yeux de sa mère, etc. Il a les cheveux de son grand-père, aussi. Etourdie de fierté, la jeune maman annonce, comme pour un steak chez le boucher, le poids de naissance du nouveau-né au centigramme près, ce qui prouve que c'est un beau bébé. Quand vous parlez de votre cellulite, on ne vous dit pas que vous êtes une belle fifille, mais plutôt que vous devriez moins forcer sur la mayonnaise. Le monde est injuste.

Mais Paupaul n'a pas fini d'en baver, le pauvre. Toujours persuadée qu'il manque de quelque chose, sa mère le serre contre elle jusqu'à l'étouffement parce qu'il veut un câlin, lui enfonce dans la bouche une tétine qui lui cache les trois quarts du visage parce que sinon il pleure, lui agite une peluche devant les yeux parce qu'il a envie de jouer, ou le fait bondir sur ses genoux parce qu'il adore faire « le cheval sur son bidet ». Quand il trotte il trotte il trotte, la tête du pauvre Paupaul se balance de tous les côtés, quand il galope il galope il galope, Paupaul vomit la moitié de son biberon. Il n'aura le droit de retourner dormir qu'après avoir subi les baisers baveux d'une quinzaine d'inconnus.

Le sujet « bébé » continuant à monopoliser toute la conversation, vous prenez un air subitement fatigué et remerciez vos hôtes. Votre cher et tendre vous demande sur la route du retour : « Dis, on en aura un comme ça ? Il était trop mignon».

Il parlait du bouledogue anglais.

# Posté le vendredi 05 décembre 2008 13:39

Modifié le mercredi 10 décembre 2008 14:22

Mon dieu, il est malade


Votre cher et tendre rentre du boulot. Il se débarrasse nerveusement de sa sacoche et de son manteau, et jette l'ensemble par terre en poussant un grognement sourd. Prudente, vous essayez un « Ca va pas? ». Non, ça ne va pas. Il est MALADE.
Ca fait des jours qu'il le sent. Ce matin en se baissant pour prendre une paire de chaussettes dans le tiroir, il a failli tomber. Trouble orthostatique, c'est très mauvais signe. Peut-être un problème de cervelet. Ce midi il a failli ne rien manger. Il a dû se forcer pour avaler son hamburger-frites, c'était terrible. Ensuite il a eu mal au ventre tout l'après-midi, ça doit être une maladie des intestins, ou l'appendicite. Il a failli vous appeler pour vous demander quel médicament prendre, et si on peut avoir l'appendicite à gauche. Et sur la route du retour, il a toussé ! Il se sent mal, et doit se mettre d'urgence au lit. Vous suggérez innocemment d'appeler un médecin, mais ce n'est pas la peine, il supporte la douleur, c'est un homme après tout. Il se déshabille péniblement et tente de soulever la couette, quand soudain il trépasse et, dans un grand cri de douleur, s'effondre. Il s'est tordu le petit doigt à cause de cette foutue couette !

Etant donné que vous êtes son infirmière bénévole à domicile, vous courez dans la cuisine et revenez avec deux choses. Premièrement, un couteau bien aiguisé.
« J'appelle SOS mains ou je t'ampute tout de suite? »
Il observe avec désespoir son petit doigt et vous souffle, les yeux implorant la pitié, tel un cocker devant le cabinet du vétérinaire, qu'en fait ça va aller. En général il préfère garder ses membres. Bon, vous rangez le couteau. Votre seconde proposition : un baume spécial antalgique-articulo-musculaire (noisette de gel anti-cellulite judicieusement amené dans la paume de votre main, tel un remède miracle concocté à l'instant par l'apothicaire le plus réputé de la ville). Il préfère. La tête enfoncée dans l'oreiller, il vous regarde étaler amoureusement le gel anti-cellulite sur son petit doigt. Pour renforcer l'effet antalgique, vous enroulez le membre paralysé dans deux feuilles de papier toilette, lui précisant que c'est pour que la crème pénètre bien jusqu'aux os. Il semble rassuré et déjà apaisé. Heureusement, la crème anti-cellulite est une arnaque, il n'aura pas le petit doigt tout maigrichon.

Mais il avait oublié, il tousse !
« Pfeu, pfeu, oh, j'ai mal à la gorge .... pfeu... et aux poumons... pfeu... je crois qu'en plus j'ai une côte cassée... pfeu... tu crois qu'elle va perforer mon estomac ? »
Experte en matière de perforation stomacale, vous lui rétorquez que non, pas s'il reste allongé sans bouger pendant une bonne heure, voire une heure trente. Il jette un ½il sur le réveil : il est dix-neuf heures. A vingt heures trente il pourra se lever. Mais en attendant, que faire pour sa bronchite ? Le coup du verre d'eau avec du sucre en poudre et une cuillère vous a sauvé lors de soirées de baby-sitting (auprès d'adorables bambins qui tendaient des fils dans l'escalier pour tenter de vous assassiner dès que leurs parents avaient le dos tourné). Lui est un peu trop vieux, il comprendra le subterfuge. Vous pourriez lui proposez le coup du gant de toilette chaud posé sur le torse. Mais il faut trouver autre chose, il veut prendre un MEDICAMENT. Soudain vous vous remérorez le vieux paquet de bonbons des Vosges qui traîne depuis deux ans au fond du placard. Leur goût abominable le persuadera que c'est bon pour la santé. Parfait.

Vous le retrouvez au chevet de son lit. Il vous attend, l'air mourant, les bras posés au-dessus de la couette, secoué par de légers toussotements qui impriment des secousses abominables à son corps décharné. Vous arborez un visage serein, altruiste, mais expert et décidé. Vous soulevez la couette pour lui appliquer un cataplasme-gant-de-toilette qui guérira sa côte fracturée et apaisera ses poumons enflammés. Oh, attention, son petit doigt enroulé de papier toilette est encore fragile ! Puis vous sortez un cachet à laisser fondre sous la langue pour dégager les bronches et soulager les maux de gorge. Vous lui soutenez délicatement la nuque pour qu'il le prenne sans s'étouffer ; ce serait dommage de mourir comme ça, mais en même temps il est déjà si près de la fin ! Il rassemble ses dernières forces pour vous susurrer un « merci », et vous demande de le réveiller à vingt heures trente.

Vous avez une heure trente de répit devant vous, avant qu'il ne ressorte, frais et dispo, vous demandant de lui laisser l'ordinateur pour finir le jeu qu'il avait commencé avant d'être malade. Vous songez qu'en général, deux jours avant vos règles, lorsque vous souffrez d'une migraine à vous en claquer la tête contre les murs, que vous en êtes à votre troisième antalgique, et que vous quémandez un minimum d'attention, il vous répond distraitement « T'as qu'à penser à autre chose, ça passera », avant d'ajouter « C'est incroyable, les bonnes femmes, elles ont toujours mal quelque part ! ».

# Posté le mardi 02 décembre 2008 12:42

Modifié le samedi 27 décembre 2008 05:12

La virée en boîte

La virée en boîte
Ce soir, grand évènement : vous sortez au Fly Club entre filles. Vous réessayez pour l'occasion les vieux débardeurs-moulants-spécial-sorties que vous adoriez ; au lycée, ça passait, aujourd'hui, ça casse. Le moral.

Le rendez-vous est fixé à vingt-trois heures (heure où, malheureusement, vous commencez à somnoler). Après vous être garée en plein milieu d'un trottoir (la fourrière est fermée et les flics font dodo), vous arrivez devant le Fly Club. Deux malabars en costar-cravates, queue de cheval et gomina, tirent sur leurs mégots, les bras croisés et les fesses en équilibre sur de hauts tabourets. Ils vous décrochent un « bonsoir », le sourire en moins. Mieux vaut qu'ils s'abstiennent, passer son temps à fumer, ça teinte les dents couleur maroilles.
Deuxième épreuve : la queue pour payer. Vous pensiez que débourser huit euros pour un coca était largement suffisant. Mais non, l'autorisation de pénétrer dans cet endroit glauque coûte dix euros, que vous y passiez cinq heures ou cinq minutes. Une vieille peau, fausse blonde, ultra maquillée, le crâne surplombé d'un brushing à la Dallas, vous tend froidement un ticket qui vous donne droit à une boisson gratuite. Vous n'aurez pas tout perdu.
Troisième épreuve : le vestiaire. Vu le prix (deux euros par cintre, un seul manteau par cintre et deux euros de plus pour le sac à main), vous décidez de garder votre attirail avec vous. Vous élaborez un plan avec vos copines : vous vous relaierez pour aller danser, l'une d'entre vous fera office de garde-sacs.
Vous vous dirigez vers le c½ur des festivités. Vous lancez une vanne à vos copines ; le niveau sonore des boîtes de nuit ne permettant pas d'élever la discussion vers les hautes sphères de la philosophie, ce sera la dernière. Une affiche attire votre regard : une publicité pour le Fly Club, comme c'est original ! Le contenu de cette affiche vous donne la chair de poule : soirée célibataires tous les mercredis. Le jeudi, soirée minijupes : chaque fille qui vient en minijupe se voit offrir une coupe de champagne ; la fille qui vient avec la minijupe la plus courte gagne une bouteille. Vous êtes horrifiée.

Bon, vous êtes venue pour passer une bonne soirée, il faut po-si-ti-ver ! Vous parcourez la salle du regard pour dégoter une table digne de ce nom, et en repérez une dans un coin tranquille. Pas si tranquille que ça finalement ; la serveuse vous bouscule à chacun de ses passages (manquant de vous renverser un plateau rempli de pichets de whisky-coca sur la tête), une bande d'ados s'installe en hurlant juste derrière vous. A votre droite se déroule une scène digne du Parrain. Un homme d'une cinquantaine d'années, habillé d'un costume noir, sweet blanc, sans cravate pour faire jeuns, chaîne en or autour du cou et chevalière sur le petit doigt, étalant toute sa graisse et son fric sur un sofa rouge, dévore du regard deux filles à peine majeures qui se trémoussent devant lui en souriant. Un jeudi soir elles auraient raflé le magnum, c'est sûr.

Vous partez chercher votre boisson offerte, histoire de vous changer les idées. Vous arrivez péniblement jusqu'au bar, ayant parcouru toute la salle dans la position de l'égyptien. Vous improvisez un porte-voix avec vos deux mains pour hurler au barman « Une bière ! » ; il n'a rien entendu, et vous sert un malibu. Le retour sans renverser votre malibu sera assez chaotique.

Après avoir siroté quelques gorgées, vous décidez d'aller vous déhancher sur la piste. C'est pas tous les jours que vous sortez en boîte ! Vous montez les deux marches de l'estrade et vous frayez un passage vers le milieu du troupeau. Vous vous dandinez timidement sur une musique techno dont la salle entière, sauf vous, semble connaître les paroles (« I want you babe I want you »). Et là c'est le drame. Vous apercevez deux bras maigrichons qui s'agitent sous vos aisselles : un bof typique du samedi soir (les cheveux remontés avec du gel poisseux, empestant le parfum bon marché avec lequel il s'est aspergé les trois poils du torse, une chemise froissée horrible dont il a relevé le col et des tennis rouges traversées d'une bande blanche fluorescente) se colle derrière vous et décide de vous apprendre à danser la lambada. Vous vous décalez gentiment, mais le bof du samedi soir est coriace (ou débile) ; il n'a pas compris le message. Vous vous retournez moins gentiment et lui demandez d'aller voir de l'autre côté, Casimir l'appelle. Il apprécie moyennement votre humour et part danser la lambada derrière l'une de vos copines. Malheureusement pour lui elle est ceinture noire de karaté et, lui plaquant brusquement le bras dans le dos, elle insiste : Casimir l'a vraiment appelé ! Cette fois il enregistre.

Le DJ passe au répertoire années 80, c'est votre rayon, vous connaissez les paroles par c½ur (« bananana bananana banana split wouh »). Vous gesticulez presque avec plaisir, et commencez enfin à vous amuser. Bizarre, les bofs du samedi soir ne viennent plus vous déranger. Tout s'explique : une gogo-danseuse habillée en... enfin presque pas habillée, vient d'apparaître en haut du podium. Elle s'agite autour d'une barre en fer, sautille, tournoie dans sa cage (et oui, elle est en cage !), se penche outrageusement pour montrer son string, en lançant des regards aguicheurs à tous les mâles attroupés autour d'elle.
C'est inadmissible, vous appellerez dès demain une association de féministes. Comment, en 2008, peut-on encore prendre à ce point la femme pour un objet sexuel, après tous les combats acharnés et les batailles remportées par nos aînées ?

Vous continuez à danser, au moins maintenant vous êtes tranquille. Soudain vos yeux sont comme aimantés vers un point fixe, votre corps danse au ralenti, vous n'entendez même plus la musique : un gogo-danseur vient d'arriver sur le podium de droite. Surexcitées, vos copines vous hurlent des commentaires croustillants dans les oreilles ; vous tête fait oui-oui, vos yeux ne décollent pas. Finalement vous n'appellerez pas d'association féministe, la parité a été respectée. Et puis il a de ces fesses...

# Posté le mercredi 26 novembre 2008 06:50

Modifié le samedi 27 décembre 2008 06:04

Un esprit sain dans un corps sain

Cette fois c'est décidé, vous vous remettez au sport.

Pas la gym, vous détestez être enfermée dans une salle au milieu de petites minettes en shorty moulant qui n'ont aucune raison de faire des abdos-fessiers, elles. Une copine vous a pourtant proposé de vous inscrire à Total Burn Calories (le dernier film de Schwarzenneger ?). « Viens, tu verras c'est génial ! Les cours se déroulent à l'autre bout de la ville les mardi, mercredi et vendredi soirs, et ça ne coûte que trois-cents-cinquante euros le trimestre ! ». On verra, avez-vous répondu, peut-être la semaine prochaine.

Pas le footing, vous courriez beaucoup dans votre jeunesse, mais ça fait souffrir les articulations. A vrai dire, ce qui vous intéressait, c'était plutôt les beaux gosses en roller, mais ils roulaient trop vite et ne se retournaient jamais sur vous. Vous aviez une faculté impressionnante à varier votre vitesse : quinze kilomètres/heure à grandes foulées, tout en souplesse, le regard droit et le souffle régulier quand vous croisiez un apollon torse nu et moulé dans un caleçon noir, trois kilomètres/heure la langue pendante, une insoutenable douleur sous les côtes et les cheveux collés par la sueur quand vous étiez planquée derrière un buisson.

Pas le tennis, il vous faudrait trouver une copine qui en fasse aussi mal que vous pour ne pas paraître ridicule. Ou alors un copain, de préférence pas trop moche, qui vous donne des cours. Vous vous imaginez aisément en jupette blanche, collée-serrée contre le torse de votre prof, qui guiderait vos gestes de ses bras musclés en vous félicitant à chacun de vos progrès (fulgurants). Puis vous accepteriez, radieuse (mais pas trop emballée, ça les fait fuir), son invitation à vous rafraîchir avec un thé glacé (devant lui, vous n'oseriez pas demander une pression). Puis il vous proposerait de monter chez lui, et, lentement, il vous...
Bon, ça suffit. De toute façon vous n'avez pas de copain prof de tennis.

La piscine... Ca y est, vous avez dégoté le sport idéal ! Officiellement, la natation une fois par semaine. Officieusement, du papotage/barbotage avec votre meilleure copine, quand vous parvenez à vous motiver l'une l'autre.
Vous achetez donc un carnet de dix entrées à l'accueil de la piscine olympique municipale. Il y a cinquante-deux semaines dans une année, les dix entrées partiront très vite.

Vous avez pour l'occasion investi dans un maillot de bain. Noir, il paraît que ça affine la silhouette. Malheureusement les ingénieurs de Décathlon n'ont pas encore inventé le maillot une pièce à coussinets ; votre 85B acceptable avec un bon wonderbra se retrouve aplati, réduit à un minable 70A (qui vous faisait couper les étiquettes au temps du collège pour que personne ne le sache). Votre magnifique fessier, d'habitude si ferme et rebondi, est compressé par les élastiques du maillot et s'étale sur les côtés, dévoilant une abominable peau d'orange que vous n'aviez jamais remarquée (sauf en pinçant comme dans les pubs ; il faut souffrir pour être potable).
Armée de votre courage, de lunettes qui vous donnent une légère ressemblance avec une mouche et de votre maillot de bain aplatisseur, vous avancez sûrement vers le bassin. La démarche droite, l'air détendu, la serviette sur l'épaule droite, la tête inclinée tel un sportif concentré pour battre un record du monde. Le maître-nageur n'est pas trop mal aujourd'hui, vous pourrez faire semblant de vous noyer. Il arrive finalement pour vous secourir, mais c'est parce que vous vous êtes étalée sur le carrelage glissant et que vous éprouvez quelques difficultés à vous relever. Passons.
Vous déposez votre gel douche spécial peau ferme dans un coin parsemé de poils et cheveux en tous genres, et vous vous imaginez, effectuant un plongeon digne des J.O., les jambes, les bras et la tête parfaitement alignés, le ventre plat, si gracieuse qu'aucun mouvement ne se fera sentir dans l'eau, si ce n'est une onde partant de vos pieds magnifiquement tendus et happant avec elle les regards admiratifs de tous les nageurs. Finalement vous effectuez un lamentable saut, jambes écartées et orteils en éventail, les globes oculaires absorbés par les lunettes, vous agitant en un mouvement de panique: vous êtes beaucoup trop à l'horizontale. Vous vous écrasez de tout votre poids à la surface de l'eau, et un éclaboussement digne d'une éruption du Vésuve avertit tous les beaux gosses à trois kilomètres à la ronde que la piscine n'est pas faite pour vous. Ce que vous confirmez. Vous faites deux longueurs pour rentabiliser le ticket, et, à bout de souffle, sortez vous rhabiller.
Finalement, quelques mois plus tard, vous retrouverez au fond de votre portefeuille le reste du carnet : neuf morceaux de papier tout froissés et dont l'encre se sera effacée avec le temps. Mais peu importe, aller à pieds jusqu'à sa voiture, c'est du sport, non ?

# Posté le mardi 25 novembre 2008 14:15

Modifié le lundi 08 décembre 2008 05:49

Réveil-matin

7h, la douce voix du présentateur de radio vous éveille doucement à la sérénité d'une nouvelle journée : il braille une blague sur les blondes, des animatrices en chaleur glapissant derrière lui. Pire que les rires fictifs des séries américaines, comme dans Arnold et Willy. C'est assommant. Vous décidez que le moment opportun pour vous lever n'est pas encore arrivé.

7h15, James Blunt bêle « You're beautiful ». Insupportable. Et s'il vous voyait, il changerait ses paroles.

7h20, l'horoscope. Comme chaque matin, vous vous dites que vous ne croyez pas aux astres mais tendez l'oreille quand même. Peut-être qu'aujourd'hui votre signe astrologique bénéficiera enfin d'une destinée plus agréable qu'à l'accoutumée.
Amour, vous êtes superbement heureuse et l'élu de votre coeur vous offrira une rose ce soir même – Travail, vos collègues vous apprécient enfin à votre juste valeur et arrêtent de faire circuler des ragots sur votre compte – Argent, vous gagnerez au loto cet après-midi, même si vous ne jouez pas – Forme, engouffrez tout ce dont vous avez envie, vous garderez malgré tout un corps ferme et musclé.

Zut, vous vous êtes rendormie. Ca, c'était l'horoscope de vos rêves. L'animateur, qui se vante de préssentir le destin de la France entière, vous prédit plutôt un éloignement de votre cher et tendre si vous ne faites rien pour le séduire, des problèmes d'argent si vous n'économisez pas, des soucis avec votre patron si vous l'insultez, un surpoids si vous vous goinfrez. Dommage, c'est exactement ce que vous aviez prévu de faire aujourd'hui.

7h30. Ils passent votre chanson préférée, ça vaut bien cinq minutes de plus sous la couette. Vous auriez bien envie de fredonner, mais votre corps n'en est pas encore capable. Alors vous chantez dans votre tête, les yeux fermés, la bouche mollement entrouverte. Dans votre tête, vous chantez bien.

7h40. Publicité pour une grande surface. Vous apprenez, entre autres, qu'il faudra vous y précipiter parce que le gigot est seulement à onze euros le kilo, du treize au quatorze janvier de 16h46 à 16h49, dans les magasins participants, offre non cumulable réservée aux particuliers. Vous vous demandez pour quelle raison, à part leur inintérêt, ces dernières phrases sont prononcées si vite.

7h45. Tout va bien, vous pouvez encore arriver à l'heure, c'est possible. Allongée bien au chaud, vous réfléchissez à la manière dont vous allez vous en sortir. Une douche en deux minutes, séchage/maquillage/coiffage en quatre minutes, café en trente secondes. Vous mangerez des biscuits sur la route. Malheureusement ce calcul vous a pris dix minutes.

7h55, là faut vraiment se lever. Il vous reste un quart d'heure. Vous vous redressez dans un effort surhumain. Ah, vous avez encore dormi avec vos chaussettes. A l'âge de quinze ans, lorsque vous rêviez du prince charmant avec votre meilleure copine en vous refilant un mégot pour crapoter, vous vous étiez fait le serment solennel de ne jamais vous montrer en grenouillère difforme, les cheveux en pétard et la marque du drap imprimée sur la joue devant l'homme de votre vie... Les temps changent.

... 8h15, vous sautez dans votre voiture. Quinze kilomètre en cinq minutes, c'est possible.
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# Posté le lundi 24 novembre 2008 09:59

Modifié le lundi 08 décembre 2008 05:38